Rendre son enfant indépendant

Lorsque l'on est adepte d'un maternage qui inclue l'allaitement non écourté, le cododo, le portage, le fait de considérer que son enfant ne fait pas de caprices, mais a plutôt des besoins à combler, notre entourage peut parfois nous faire part d'inquiétude à propos du devenir de notre progéniture. 

Le fait d'allaiter ma fille, la porter, dormir avec elle, répondre à ses besoins affectifs sans me poser de questions peut-il vraiment freiner sa capacité à devenir indépendante ? Cela peut-il l'empêcher de s'adapter au monde qui l'attend adulte ? 

A vrai dire, je suis profondément persuadée du contraire. 

Et parce qu'il n'y a rien de tel qu'un exemple imagé pour tenter d'expliquer quelque chose, en voici un : 

Imaginez que vous soyez dans un lieu sûr, où il fait ni trop chaud ni trop froid, vous vous y sentez bien, vous aimez y être. Mais régulièrement, on essaye de vous pousser vers la sortie. On ouvre grand les portes, on vous pousse derrière le dos, vous ne pouvez re-rentrer qu'à certaines heures, sous certaines conditions... La nuit il vous faut supplier et pleurer longtemps pour qu'on vous y laisse entrer, mais pas sans vous faire comprendre que "non mais tu vas tout le temps être ici ou quoi ?".
Auriez-vous envie de découvrir ce qu'il se passe ailleurs ? Ou seriez-vous tenté de déployer votre énergie à essayer de vous faire accepter dans ce lieu pour pouvoir y passer plus de temps ? En restant devant la porte, en étant aux aguets... Ne seriez-vous pas angoissé à l'idée de vous éloigner, tout en sachant que vous ne savez pas si en cas de problème, de peur, de faim, de soif, de froid, vous pourriez y retourner ? 

Maintenant ce lieu, imaginons que vous pouvez y rester autant que vous voulez. Y entrer, en sortir, y passer la nuit, y manger, y rapporter des choses de l'extérieur pour les étudier tranquillement, vous pouvez vous y réfugier lorsque vous avez peur, vous avez froid ou vous avez faim... Ne pensez vous pas qu'il serait très facile dans ces conditions, lorsque la curiosité naturelle et le besoin de découverte vous chatouillera, de quitter cet endroit et d'aller vers de nouvelles aventures en sachant qu'il est toujours là, que vous pouvez y retourner quand vous le souhaitez ? 

Je pense que sécuriser son enfant à un moment de la vie où il en a le plus besoin, c'est à dire dans les premieres années, lorsque son cerveau est en pleine maturation, c'est la base solide d'une prise d'indépendance sereine. 

Pourquoi être trop pressés ? 

Un enfant dont les besoins primaires sont comblés : chaleur, sécurité et alimentation, va être plus à-même de devenir une personne confiante, et donc autonome. 

Pour cela, il a besoin de la présence de ses parents. Il passe par des phases de régression, il demande de l'attention, il réclame à être près de nous le jour, la nuit, et si nous répondons à ce besoin, alors il peut se développer sereinement. 


Rendre autonome un enfant, c'est laisser la porte grande ouverte, sans condition.


A contrario, il y a des phrases, des comportements, qui peuvent freiner la prise d'indépendance d'un enfant, en entravant considérablement sa confiance en soi. 

Ce sont les petites phrases du quotidien : "tu vas tomber", "tu vas le casser", "tu es trop petit", "tu ne sais pas faire", "ne touche pas", "ne bouge pas" etc.

Si on apprend à nos enfants que le monde est dangereux, qu'il n'est pas capable, qu'on lui interdit l'accès aux choses du quotidien, j'ai du mal à visualiser comment il va acquérir assez de confiance en lui pour cultiver son individualité et son autonomie. 

L'enfant a besoin de tester, de toucher, de comprendre. 

Si chaque fois que j'essayais quelque chose on me disait "tu vas échouer", "ça va foirer", "tu n'es pas capable", je pense que je ne me lançerais dans rien...

D'ailleurs de nombreux adultes ont ces petites phrases ancrées dans la tête lorsqu'ils ont un projet. Alors non, les éducations qui brident ça ne fait mourrir personne, mais ça diminue le champs du possible pour s'épanouir (et donc prendre son autonomie). 

Laissez vos enfants prendre la place qu'ils veulent auprès de vous, promis, à 18 ans, vous ne les porterez plus en écharpes, ils ne tèteront plus et ne dormiront pas dans votre lit (et ils vont sûrement vous manquer). ;)