La petite histoire de Gabriel et de son croissant

Il y a quelques temps, je vous parlais de parentalité proximale à travers cet article

Je vous ai promis des exemples concrets, afin d'illustrer au mieux mes propos. En voici un, au travers d'une petite histoire courte (inspirée de faits réels) : 

Gabriel a 4 ans. Il va à la boulangerie accompagné de sa mère, qui propose de lui offrir une viennoiserie pour le goûter. Gabriel, ravi, demande un croissant. Il est tout heureux et ne fait pas plus attention que ça à la boulangère qui choisit le croissant pour le mettre dans le sachet. 
Lorsque, un peu plus loin, il ouvre le sachet et découvre le croissant, il se met à hurler ! La viennoiserie n'a pas du tout la forme souhaitée ! Au lieu qu'il soit en forme de lune bien arrondie, il est tout étendu et en plus il s'est un peu écrasé ! Gabriel hurle, pleure, s'assoit au sol sur le trottoir ! 

Sa mère est complètement abasourdie, elle ne comprend pas pourquoi Gabriel se met dans cet état, alors que tout allait bien. 

En fait, Gabriel est complètement dépassé par sa frustration. Certaines parties de son cerveau, très utiles à la régulation des émotions, ne sont pas encore développées, et donc pas assez matures. Du coup, sa déception et sa frustration sortent sans filtre, et avec beaucoup de brutalité. Il souffre beaucoup, son comportement appelle à l'aide, même s'il n'y paraît pas. De plus, il a sûrement fait face à une chute brutale d'hormones du plaisir : la dopamine, qui agissait lorsqu'il salivait d'avance à l'idée de manger son croissant en forme de lune.

La mère de Gabriel se rend compte que son fils est en détresse. Mais la violence de la crise l'a heurtée. Pour pouvoir faire face, elle respire un grand coup, et prend quelques secondes de recul (tant pis pour les passants) afin de rassembler ses forces intérieures. 
Elle prend Gabriel dans ses bras, mais il la repousse. Elle insiste, et lui parle doucement, ou lui chante une chanson. 
Quand il est assez calme pour écouter, elle lui dit :
- "Je vois que tu as été très déçu par la forme de ce croissant. Tu t'attendais à une forme de lune que tu aimes tant et qui comptais beaucoup dans le choix de la viennoiserie ?" 
- "oui!" crie encore un peu Gabriel, 
- "ce n'est pas facile j'imagine" répond sa mère, "mais je pense que le goût est le même, tu veux goûter ?". 
Elle retourne ainsi sur une forme de dialogue. Entre temps, Gabriel a reçu une "dose" d'hormones de l'amour : l'ocytocine, secrétée par la câlin de sa mère, ce qui a contribué à le calmer. 

Pour l'instant, Gabriel est encore petit et il fera souvent d'autres crises comme celle là. Sa mère se sentira parfois désemparée et impuissante, mais tout ce qu'elle fera de bienveillant participera à la construction de la gestion de ses émotions, et en sa capacité à les gérer. Plus tard, vers l'âge d'environ 7 ans, il sera capable de se raisonner, et aura alors en tête tous les mots réconfortants de sa mère lors des crises de son jeune âge. En plus, il saura nommer ses émotions, ce qui le rassurera beaucoup. C'est un bagage pour toute sa vie. 

N'hésitez pas à m'envoyer vous aussi vos petites histoires ici :)