Comment je suis devenue mère au foyer

En tant que femme moderne, libérée du patriarcat et ayant été élevée dans des valeurs d'indépendance et de travail, je m'étais toujours dit "hors de question de renoncer à ma réussite, je trouverais le moyen de concilier mon ascension professionnelle et ma maternité!"

Rester à la maison, ça ne m'a jamais fait rêver, j'ai toujours été plutôt du genre hyper active avec plusieurs jobs à la fois, des activités sportives et culturelles, et une vie sociale bien remplie. 

Les femmes qui restaient chez elles, je ne les comprenait pas. Elles n'avaient donc aucune ambition ? Aucune envie de faire quelque chose de leur vie ? Et vivre au crochet de quelqu'un (époux(se) ou société), on en parle ?


Puis je suis tombée enceinte.

Pour certains qui me suivent, vous savez déjà que ça n'a pas toujours été une partie de plaisir ;) En fait c'était déjà le début d'une prise de conscience sur le fait que je ne pouvais pas tout contrôler, mais aussi que mes convictions en prenaient un coup. 

Ce bébé, sans être déjà né, prenait une place incroyable dans mon corps, dans mon esprit, dans mon quotidien, dans mes choix, et dans mes centres d'intérêt. 

La vie avec Pucinette à venir était remplie d'interrogations. J'avais hâte, mais je ne savais pas bien à quoi m'attendre. 


Puis Pucinette est née.

Elle a tout changé, elle a pris une place de dingue, une place insoupçonnée. Pas tout d'un coup comme un raz-de-marée. Non de plus en plus fort, au fil du temps. 

Quand elle a eu 3 mois, il a été temps de retourner travailler. 

3 mois.

Elle était si petite encore, si fragile. Je sentais qu'elle avait encore besoin de moi, et j'avais besoin d'elle. Mais j'avais aussi besoin de retrouver une vie de femme, parmis mes pairs. L'isolement maternel dans notre culture est parfois très difficile à vivre. Je suis donc repartie au travail, pleine de nouveaux challenges en tête, j'avais pris un congé maternité partiel, un 4/5ème, je ne travaillais pas le vendredi. Je pensais que ça me permettrait de mieux couper la semaine en deux. 

En fait au bout de quelques semaines, quelques mois, je me suis rendue à l'évidence. Je n'étais pas épanouie. J'avais le sentiment de n'être jamais assez au travail, jamais assez chez moi, auprès de ma fille

Je tirais mon lait au travail, je courais le matin, je courais le soir, j'entretenais le maximum de relations avec sa/ses nounous (on en a eu 2)... mais je rentrais souvent après l'heure de son coucher en fait. 

La réalité c'est que mon 4/5ème, je le compensais constamment. Par des horaires tardives, par des rendez-vous les jours feriés, par des missions données le jeudi soir pour le lundi matin. 

Alors qu'en fait, le plus important dans ma vie, c'est ma famille. Voir ma fille grandir, être auprès d'elle pour la soutenir, pour lui donner l'éducation que je souhaite (et qui paraît si alternative aujourd'hui à ce qui se fait ailleurs). 

J'ai toujours des centres d'intérêt, j'aime toujours faire du sport, j'ai toujours des projets. Mais ma priorité, c'est elle. Rien ne peut égaler le temps que je passe auprès d'elle, rien ne peut égaler ma liberté à être une mère disponible pour son enfant. Rien ne peut égaler la possibilité de faire des choix. 

Cela a remis en question d'autres choix. Et professionnels bien sûr. Moi qui aime tant travailler, être en action, je n'avais pourtant plus envie de faire partie de cet univers d'entreprise, de communication. J'avais envie de choses plus authentiques, je me suis reconnectée à moi. Pourquoi ai-je choisie la voie que j'ai choisie ? Est-ce que c'est vraiment ce que j'aime ? Est-ce que c'est vraiment ce que je veux faire toute ma vie ? 

Il m'est apparut alors plusieurs évidences : 

1/ il était hors de question que ma fille si petite soit confiée à plein temps à un(e) inconnu(e), je voulais l'élever moi, et majoritairement moi (et son père hein ^^)

2/ travailler, oui, mais dans quelque chose qui me parle vraiment, qui m'intéresse, me motive, me donne le sentiment d'être utile et pour lequel je n'ai pas le sentiment de me sacrifier, mais plutôt de me consacrer. 

J'envie toutes ces femmes qui savent que la voie qu'elles ont choisie leur correspond. Parce qu'elles retournent au travail avec la même énergie, les mêmes convictions... Moi j'ai tout revu, tout balayé. 

Aujourd'hui, je suis à la maison, je m'occupe de ma fille à plein temps, et je prépare ma reconversion. 
C'est un boulot de dingue, c'est psychiquement épuisant, mais je ne regrette pour rien au monde. 

Ma vision sur les femmes à la maison a forcément beaucoup changé ;) il y avait des choses plus complexes, mais aussi plus faciles quand je travaillais. Être mère c'est un vrai job, et d'ailleurs on paye des professionnels pour exercer ce métier là.

J'admire ma mère qui nous a élevées mes soeurs et moi à la maison, j'imagine parfois ce par quoi elle est passée, le regard des autres, la fatigue, et l'amour, tout cet amour en fait.

Aujourd'hui je peux décider de faire garder ma fille pour son épanouissement (et le mien!) sur une journée ou deux par semaine, en prenant notre temps, sans contraintes, sans stress. Avec la liberté de prendre le temps de l'adaptation, de changer si ça ne va pas, de pouvoir dire ok à tous les changements de planning, de laisser la culpabilité derrière moi car je suis présente pour elle plus que quiconque, et que c'est mon choix. 

Aujourd'hui, je suis une femme à la maison, mais j'ai des ambitions, des projets, des passions. Juste, ma famille, c'est elle qui remplit mon réservoir d'amour, qui contribue à mon équilibre, à mon bien-être. 

Alors jamais, jamais je n'aurai pensé que je passerai par là, mais je pense que c'est une des meilleures décisions que j'ai prise pour moi.